Texte de Marie-Anne Morin
(née le 26 juillet 1921)
Prière
pour rhumatisme (Rédigée par le grand-père
Georges Fortin) St-François Xavier,
vous qui guérissez les rhumatismes, aidez notre Seigneur Jésus-Christ
à guérir ceux que j'ai dans les quatre parties de mon corps.
Je me recommande à Jésus, Marie et Joseph.
Les
noces d'Adrien Morin et Jeanne Fortin (Tel que raconté
par Marie-Anne Morin, leur fille, à partir d'information obtenues de sa
mère. Adrien, né en 1895, avait ~20 ans lors de son mariage,
et Jeanne, née en 1892, avait ~23 ans.) Ces
noces furent célébrées le 14 janvier 1915, un lundi matin*.
Le jour des noces, maman (Jeanne) s'est levée très tôt
et est allée traire les vaches comme d'habitude. Elle a pleuré tout
le temps de la traite, sachant que c'était pour la dernière fois.
Elle avait travaillé chez des voisines dans les mois précédents
et elle avait ainsi pu se ramasser assez d'argent pour acheter le tissu de sa
robe de mariée. Elle avait cousu elle-même sa robe; celle-ci était
de couleur ivoire. Elle lui avait coûté 15$. Elle s'était
aussi acheté des bas noirs qu'elle avait payé 0,15ç et des
bottines lacées et pointues pour 2,50$. Il lui restait un peu d'argent,
elle s'est donc acheté une petite bourse en perles, couleur de sa robe,
qui lui coûta 1,25$. Grand papa, Joseph Morin, avait accepté
d'acheter un habit noir pour papa (Adrien), mais pas les bottines. Alors, il avait
dû emprunté celles de son frère Théophile, mais celui-ci
étant plus jeune, les bottines étaient petites et la journée
fut longue. Comme il n'avait pas non plus de cravate, un monsieur du village lui
avait prêté la sienne. Les voilà donc parti à 7h30
du matin pour la messe de mariage qui aurait lieu à 8h30. Il y avait 2
voitures d'attelages pour les Fortin et 2 voitures pour les Morin. Le grand-père,
George Fortin, avait bien frotté son buggy et bien étrier son beau
cheval blanc. Il avait mis des pompons rouges à la bride du cheval.
Pour le mariage, Jeanne portait un ruban bleu sur l'épaule, parce qu'elle
était une enfant de Marie. Le curé lui enleva ce ruban avant de
les marier. Après la messe, tout le monde s'en est allé chez
un frère à grand-papa, oncle Nil Morin, dans le rang 4 Sinaï,
pour prendre un vin du pays, servi par tante Adèle. Ensuite, les invités
se sont rendu chez grand-papa Morin pour le dîner. La table était
décoré de fleurs, soit des bouquets prêtés par une
voisine. C'étaient des fleurs de papier couleur.
Une fois le dîner terminé, les mariés sont partis en voyage
de noce**. Pour son voyage de noce, maman Jeanne s'était faite un costume
en sergé bleu marin, avec une blouse en tulle de couleur ivoire, au coût
de 15$. Trois voitures ont prises part au voyage, ils ont passés par
le rang 4 Sinaï, ensuite par la Belle-Rivière, pour ressortir par
le rang 3. Les mariés étaient conduits par un cocher, M. Tremblay.
Le retour du voyage s'est effectué pour le souper, lequel avait lieu chez
grand-papa Fortin. Il y avait une trentaine de personnes, un beau souper avec
un gâteau de noces, qui avait été fait et donné par
Mme Thomas Simard, une voisine. Après le souper, une veillée
a suivi bien sûr, avec de la musique à bouche, du violon et des chants.
On raconta aussi des histoires. Mais la danse était défendue.
Au dessert, maman Jeanne avait chanté "Le plus beau jour de ma vie".
Adrien et Jeanne sont demeurés par la suite à l'extrémité
du rand 3 St-Jean Baptiste, paroisse St-Wilbrod d'Hévertville Station,
sur une petite ferme et ce, jusqu'en juin 1959. *Dans
ce temps là, les mariages avaient lieu les jours de la semaine et non les
fins de semaine comme maintenant. **Les
voyages de noces étaient très différents de ceux d'aujourd'hui,
on parcourait de courtes distances et il pouvait ne durer que quelques heures.
Les
enfants d'Alfred Tremblay et de Marie-Anne Morin -Marie
/ Jeanne / Candide Née
le 9 mars 1944 à Hébertville-Station. Baptisé le 13 mars
à Hébertville-Station. Les parrain et marraine furent Adrien et
Jeanne, les grand-parents. C'est maman qui la portait au baptême. Candide
a vu le jour chez grand-papa Morin
dans le rang 3 de St-Bruno,
lors d'une grosse tempête qui dura 3 jours. C'était
mon premier enfant et j'avais très peur.
Grand papa est allé cherché le médecin à cheval et
en voiture à 8 heures de matin en allant
reconduire les enfants, soit Jeannine, Lucille, Gérard-Alcide et Lina,
à l'école. En
arrivant à la maison, le médecin, Thomas-Louis Lamarre, m'a fait
un examen. Comme il avait
marché toute la nuit pour d'autres accouchements, il était très
fatigué. Il a demandé à maman s'il pouvait se coucher pour
dormir quelques heures. À midi, maman l'a réveillé et le
bébé est arrivé à 1 heure, une belle fille de 9¼
livres. Après que tout fut nettoyé, maman avait fait une belle soupe
aux pois, le médecin en a mangé et moi aussi. Papa est ensuite
allé reconduire le médecin en 'berlo', un genre de traîneau
au sol conçu pour la neige. Il était 3½ heures et il en a
profité pour ramener les enfants de l'école. Alfred était
présent au baptême. Il faisait pas beau et il y avait beaucoup de
neige. Candide a fait sa première dent à 8 mois et elle a marché
le jour même de son anniversaire de 1 an.
-Joseph / Jean-Guy Né
le 25 mars 1945 à St-Honoré. Il
fut baptisé à St-Honoré le 31 mars. Les
parrain et marraine furent Charles et Rose-Blanche, les grand-parents Tremblay.
La porteuse fut Mlle Thérèse Tremblay, sa tante. Jean-Guy
est né un dimanche des rameaux. On demeurait chez George au rang 10 de
St-Honoré. Alfred est parti à 8 heures du matin pour aller téléphoner
au médecin Martin Dion de St-Anne. Rendu chez mon oncle Ludger Rodrigue,
celui-ci lui a prêté un cheval (un
gros cheval brun, le seul qui savait marcher sur la neige tassée sans caler)
et une voiture pour qu'il puisse se rendre au rang 9 chez M. Bédard pour
téléphoner. Il a attendu le médecin qui était parti
de Chicoutimi en 'snow mobile'. Alfred l'avait attendu car les chemins étaient
trop mauvais et on pouvait y circuler seulement à pied ou à cheval.
Le médecin est arrivé à 10 heures et le bébé
à 10½ heures et en bonne santé. Il pesait 7 livres. Alfred
est ensuite retourné reconduire le médecin à son 'snow mobile'.
Alfred avait manqué la messe des rameaux et n'avais pu faire bénir
le rameaux que l'on avait préparé la veille avec des branches de
sapin, il était resté sous mon lit. Georges y était allé
à pied et nous a donné une branche du sien. Dans ce temps là,
les routes n'étaient pas ouvertes en hiver. On se rendait au village le
plus souvent à pied, parfois à cheval quand c'était possible.
On allait à la messe à pied à partir du fond du rang 10,
de même pour faire des commissions. Sa première dent fut à
7 mois. Il a marché à 14 mois. -Joseph / Gaétan
/ Réal Né
le 16 mai 1946 à St-Honoré. Il fut baptisé le 17 mai à
St-Honoré. Les parrain et marraine furent George et Brigitte, oncle et
tante. Grand-maman Morin a été la porteuse. On
résidait alors dans la maison de Isidore Boudreault, voisin de chez André
Gaudreault, au début du rang 8 à St-Honoré. Gaétan
est né un jeudi soir. On veillait sur la galerie avec maman qui était
arrivé le jour d'avant. Tout à coup, le temps s'est noirci, on voyais
venir une grosse tempête et j'avais très peur. Je suis entré
pour coucher les deux enfants, je ne me sentais pas très
bien. J'ai dit à Alfred d'aller téléphoner au médecin
chez Antoine Tremblay avant que la pluie commence. Le tonnerre et les éclairs
étaient vraiment effrayants. Le docteur Dion n'y était pas, c'est
le docteur Rock Boivin qui est venu. En entrant dans la maison, on perd le courant
et c'est la noirceur. Alfred court chez Maria pour emprunter une lampe à
l'huile. Il mouillait tellement fort qu'il avait de la misère à
marcher. Donc le bébé arrive, un beau bébé de
8 livres. Il était 10 heures du soir. Maman l'enveloppe dans une serviette
et vas le coucher sur la table, on était encore à la noirceur, et
elle retourne servir le docteur dans la chambre. Elle revient peu après
voir le bébé parce qu'il pleurait, elle le retrouve juste sur le
bord de la table prêt à tomber, il était en santé et
agile. Sa première dent fut à 8 mois et il a marché à
13 mois. À 8 mois, il s'est brûlé sérieusement
une main dans une tasse de thé que Jeannine m'avait préparée.
Alfred avait couru chercher Mme Bouchard car elle avait le pouvoir d'enlever le
feu. Elle est venu à la maison, mais le bébé avait déjà
cessé de pleurer avant qu'elle arrive, car elle lui avait enlevé
le feu en cours de route. Elle lui avait fait des pansements avec de la fécule
de maïs détrempé. Le 15 juin 1956, il a eu un accident
avec le curé Collard et s'est fait opéré pour double fracture
de la mâchoire le 18 juin, il avais 10 ans. Le
18 juin était aussi le jour du mariage de Clément et Thérèse
et on avait pas pu aller au mariage. -Marie-Mance /
Carmelle Née le
25 juillet 1947, à Hébertville-Station. Elle fut baptisé
le 25 juillet à Hébertville-Station. Les parrain et la marraine
furent George-Émile et Béatrice, et la porteuse Madeleine Morin.
Marie-Mance est née
à 5 heures du matin, par une belle journée d'été.
J'étais chez papa à Hébertville Station.
J e n'avais pas dormi de la nuit et le matin, j'avais des contractions.
C'est papa qui est allé téléphoné au médecin
chez mon oncle Théophile Morin. C'est le médecin de St-Bruno, Rémi
Dubé, qui est venu. Une belle fille de 6¼ livres nous est apparu.
La veille, maman était allé reconduire Gérard Alcide
à l'hôpital de Chicoutimi pour sa polyo, il était malade depuis
quelques jours, j'en étais affectée. Alfred n'était
pas avec moi, il était resté à St-Honoré pour faire
un gros ménage au logement. On demeurait chez M. Fillion, il y avait alors
plein de bibittes. Il m'avait envoyé chez papa avec les enfants quelques
jours auparavant afin de pouvoir mettre un insecticide dans notre logement pour
nous débarrasser des coquerelles
(bien qu'on n'ait pas réussit à s'en défaire).
Pendant tout le temps que j'ai été enceinte, j'avais assez
peur des bibittes que je pense avoir transmis cette peur à Marie.
-Joseph / Michel / Bertrand
Né le 10 octobre 1948
à 9 heures du soir à St-Honoré. Il fut baptisé le
11 octobre à St-Honoré. Les parrain et marraine furent Jean-Charles
et Jeannine, oncle et tante, et la porteuse Éveline Lessard.
Michel nous est arrivé
un beau samedi soir. On restait encore chez M. Fillion à St-Honoré.
Alfred était allé joué aux cartes chez Jean-Charles, on y
faisait un jeu de pommes. Moi j'étais resté à la maison
avec les 4 enfants. J'avais un couvre-lit à finir pour Mme Bédard,
et j'avais aussi mon ménage à faire. J'ai fermé ma machine
à coudre, lavé le poêle et la vaisselle et lavé le
plancher à genoux en le frottant à la laine d'acier... mais,
avant d'avoir fini mon plancher, les contractions ont commencées à
se faire sentir. J'ai quand même fini mon plancher de peine et de misère.
J'ai envoyé Candide et Jean-Guy, qui avaient alors 4 ans et 3 ans, chercher
Éveline. Celle-ci a envoyée Joseph chercher Alfred. Alfred est venu
le plus vite possible, tout en arrêtant prendre ma tante Yvonne
en passant.
Pendant ce temps, Éveline était allé téléphoner
au médecin au restaurant car on n'avait pas encore le téléphone.
C'est le médecin Fernand Madore de Chicoutimi qui est venu. Il nous est
arrivé un beau petit foncé, un beau garçon de 6 livres, bien
vigoureux. Il était 10 heures du soir. Cela s'est bien passé, mais
on n'avait pas eu de pommes et on avait encore plein de bibittes qui venait tomber
sur le lit du bébé et sur moi. Je croyais mourir de peur.
-Marie / Clémence / Lucie Née
le 2 juin 1950 à 9 heures du matin, à St-Honoré. Elle fut
baptisé le 5 juin à St-Honoré. Le parrain fut Clément
Morin et la marraine Madeleine Morin, oncle et tante. La porteuse fut grand-maman
Morin. Elle décéda le 23 septembre de la même année.
Le service des anges eût lieu le 24 septembre 1950 à 3 heures.
Elle est née
un lundi matin à 9 heures. Son poids était
de 8 lbs. C'était Maria qui était venu assister le médecin
Martin Dion de Ste-Anne. Tout s'est bien passé.
Le baptême était prévu pour le lendemain à 3 heures.
Clément et Madeleine, parrain et marraine, s'en venait d'Hébertville
avec maman le jour même. Mais comme son auto, une Ford 38, n'arrivait pas
à monter la Côte Ste-Anne, ils ont dû faire un grand détour
et ne sont arrivés qu'à 5 heures, soit avec 2 heures de retard.
C'était Gérard Alcide et Lina qui les avaient remplacés.
J'aimais bien avoir la petite Lucie avec moi. Elle a vécu 3 mois, elle
a été opérée pour une hernie et n'a pas survécu
à l'opération. Elle est décédée le 23 septembre
1950 à 11 heures de l'avant-midi. On demeurait alors dans la grande
maison de la Fabrique de St-Honoré.
Lina allait alors à l'école à St-Honoré (elle y alla
6 mois pour finir sa 7 ième année). De même, Gérard
Alcide est venu 2½ ans au Collège de St-Honoré, dirigé
par M Jean Fortin, pour y faire ses 6, 7 et 8 ième année. Jeannine
est venu aussi m'aider et finir sa 7 ième année à St-Honoré.
Nous restions dans le village et c'était plus facile pour eux d'aller au
collège, alors que le transport était très difficile à
partir du fond du rang 3 d'Hébertville Station, les chemins n'étant
pas ouverte en hiver. J'aimais bien les avoir avec moi. Alfred travaillait
alors dans les chantiers et Gérard m'aidait beaucoup.
- Joseph / Germain / Gilles Né
le 28 mai 1952 à St-Honoré. Il fut baptisé le 29 mai à
St-Honoré. Les parrain et marraine furent Gonzague et Élisabeth,
oncle et tante. La porteuse fut grand-maman Morin. Gilles
est né un samedi à minuit. Alfred avait été téléphoné
au médecin au restaurant. C'est Léo Gosselin, médecin de
Chicoutimi, qui est venu. Un beau gros bébé de 9 livres nous est
arrivé, et bien en forme. Maman était arrivé quelques
jours avant, elle voulait être là au jour de l'accouchement.
Au mois de septembre, Lucille et Charles-Eugène déménageais
dans la maison de la Fabrique. Ils ont pris le logement en avant car ils projetaient
s'ouvrir un commerce, et nous avons déménagé dans le logement
plus en arrière. J'aimais bien que Lucille vienne rester avec moi.
Ils sont repartis après 1½ an. J'aurais bien voulu les garder toujours.
Alfred et Charles-Eugène travaillaient ensemble à la Chute aux Galets
à St-David de Falardeau et ils étaient à la maison à
tous les soirs, c'était fort agréable. Nous avons eu notre première
voiture en juin 1953, un beau petit camion rouge acheté de Charles-Eugène
pour le reste des termes.
-Joseph / Laval / Jeannot Né
le 21 décembre 1955 à St-Honoré. Il fut baptisé le
22 décembre. Les parrain et marraine furent Charles-Eugène et Lucille,
oncle et tante. La porteuse fut Maria Gaudrault. Jeannot
est né un mardi à 5 heures de l'après-midi, par un jour très
froid (-35ºF) et poudreux. Il faisait trop froid pour aller chercher Mme
Antoine Gravel à pied. Alfred avait été téléphoné
chez le voisin au médecin Laurent Bouchard de St-Honoré. Alfred
m'avait préparé tout seul, et c'est le médecin qui avait
lavé le bébé, un beau bébé de 7 livres. J'avais
personne avec moi. Les enfants étaient renfermés au deuxième
étage. On demeurait alors dans le plus petit logement en arrière
de la maison de la fabrique. Il fut confirmé le 24 mai 1963.
-Joseph / Louis / Clément Né
le 6 octobre 1958 à St-Honoré. Il fut baptisé le 7 octobre.
Les parrain et marraine furent Jean-Louis et Thérèse, oncle et tante.
La porteuse fut Jeanne Morin, grand-mère. Clément
est né un dimanche soir à minuit. Maman était arrivé
depuis le 1er octobre. Le bébé était dû pour le 2 octobre.
Rendu au 5 octobre, elle voulait s'en aller. J'ai donc demandé à
Alfred de téléphoner au medecin, sans avoir de contraction. C'est
le docteur Laurent Bouchard de Sr-Honoré que est venu pour m'aider à
mettre au monde un beau gros garçon de 9 livres . La maison de la fabrique
avait été réparée, on était déménagé
depuis le mois d'août dans le grand logement en avant. Il fut confirmé
le 14 avril 1966. -Joseph / Maurice / Dario
Né le 18 octobre 1960
à St-Honoré. Il fut baptisé le 20 octobre à St-Honoré.
Les parrain et marraine furent Maurice Simard et Florence, oncle et tante. La
porteuse fut Candide Tremblay, sa sur. Dario
est né un lundi matin à 9 heures, c'était un beau bébé
de 7½ livres. Il avait les cheveux noir et frisé et était
très beau. On avait maintenant le téléphone et c'est Mme
Antoine Gravel qui est venue. Elle a passé toute la journée avec
moi. C'est le médecin de St-Honoré, Léon Beaulieu qui m'a
accouché. On demeurait dans la maison de la Fabrique de St-Honoré.
Il fut confirmé le 19 mars 1968.
Marie-Anne
et Alfred : Leur rencontre et leur mariage En
novembre 1938, je suis allé travaillé chez mon oncle Ludger Rodrigue.
J'y allais pour aider ma tante Yvonne à se relever de la naissance de sa
fille Cécile. Au jour de l'an 1939, en après-midi, mon oncle
avait décidé d'aller rencontrer la famille Charles Tremblay, qui
restait un peu plus loin dans le même rang. Charles avait perdu son épouse
le 8 octobre 1938. Toute la famille était éplorée. Mon oncle
voulait les voir pour faire son jour de l'an et les réconforter un peu.
Il m'avait demandé de l'accompagner. C'est là que je vis Alfred,
un des fils, pour la première fois. On s'est vu, on a fait connaissance,
mais rien de spécial ne s'est passé entre nous. J'avais plutôt
remarqué un de ses frères qui était du même âge
que moi. Je suis retourné plus
tard chez mon oncle Ludger, soit en 1940, afin d'aider à nouveau ma tante.
Parfois, Alfred venait veiller chez mon oncle avec ses amis, les frères
Boudreault. Alfred était plutôt timide et parlait peu, alors que
son ami Philippe ne se gênait pas pour me faire la cour. En 1942, je
suis allé travaillé chez Hermance, ma soeur, qui demeurait à
Kénogami. Alfred travaillait alors à l'Alcan d'Arvida*
et pensionnait chez son oncle Alfred Perron. À partir de septembre 1942,
on se voyait le samedi soir et le dimanche après-midi (dans
le parc Price de Kénogami) et ce, jusqu'en avril 1943. En mars
1943, on avaient parlé de mariage. Comme mon frère George-Émile
et sa fiancée, Béatrice, voulaient aussi se marier, on avaient décidé
de se marier ensemble en juillet 1943. On était très content de
se marier le même jour, mais ma mère
préférait qu'on attendent à l'automne. Mais du côté
d'Alfred, sa soeur Élisabeth et son futur époux, Gonzague, voulait
aussi se marier, ils avaient déjà choisis de se marier le 26 mai
1943. M. Charles Tremblay, le père d'Alfred, ne voulait pas faire deux
noces la même année. Il fut donc décidé qu'on se marierait
le même jour qu'eux. Nous nous marierions à l'église de St-Bruno
et Élisabeth à l'église St-Honoré. Toutefois, le souper
et la veillée se feraient ensemble chez M. Charles Tremblay. En avril,
j'étais allé chez un bijoutier avec Alfred un samedi après-midi
pour choisir ma bague. Le soir, on était allé prendre une liqueur
dans un restaurant. Par la suite Alfred était venu me reconduire chez ma
sur. Rendu chez elle, il m'avait donné ma bague, et pour le remercier
je l'avais embrassé pour la première fois. Ce fut aussi la seule
fois où je l'ai embrassé avant notre mariage. Au début
mai, je suis revenu chez papa. Jeanne-Yvette, ma sur, qui était déjà
mariée m'avait offert de coudre ma robe de mariée, une robe blanche
en crêpe chiffon, de même que ma robe pour partir en voyage de noces,
une robe beige brodé de feuilles de velours bourgogne. Elle m'avait aussi
fait ma jaquette. Je n'avais pas de robe de chambre. Maman m'avait acheté
un beau jupon qui coûtait 4$. Elle m'avait aussi tricotée deux camisoles
en laine chaînée en fil de soie rose. Je n'avais pas de manteau,
maman n'en avait pas trouvé à Hébertville-Station. Le dimanche,
Alfred s'était offert pour aller m'en acheter un, et le lundi suivant on
se rendait à Jonquière avec maman et en autobus pour l'acheter.
Il l'avait payé très cher, soit 35$. Je l'avais choisi beige.
Pour compléter ma toilette de mariage, j'avais emprunté les souliers
blancs de Jeanne-Yvette et Béatrice m'avait prêté son Livre
d'Heures**. Le matin de mon mariage, je
m'étais levée très tôt, je n'avais pas beaucoup dormi.
Je me sentais nerveuse et émotive, comme sur le bord des larmes. J'avais
pris congé de la traite des vaches. Jeanne-Yvette était venue m'aider
à me préparer. La messe était prévue pour 7½
heures du matin. C'est mon oncle Théophile Morin qui nous conduisait. Seulement
papa est venue à la messe, maman devait rester à la maison pour
préparer le dîner. Alfred était avec Jean-Charles et son
oncle Alfred Perron qui lui servait de parrain. Son père était resté
à St-Honoré pour le mariage d'Élisabeth. On s'est marié
à l'église St-Bruno****. À
la sortie de la messe, il pleuvait, c'était dommage. Il y avait une dizaine
de personnes en tout et deux autos. Le dîner était chez papa et,
avec ma famille, on était environ 20 personnes. Le départ du
voyage de noces, dont la destination était St-Honoré, était
prévu pour 3 heures. Avant de partir, je me suis changée et ai mis
ma robe beige, sans oublier mon beau manteau. Il a plu malheureusement toute la
journée. Le chemin était tellement en piteux état qu'on avait
pas pu se rendre chez M. Charles Tremblay, le père d'Alfred, qui nous attendait
pour le souper. Une calvette avait été emporté et le chemin
était coupé, les autos ne pouvaient passer. On avait fait un petit
pont de fortune pour piétons et chevaux seulement. Ils ont donc dû
venir nous rejoindre en voiture à cheval pour nous reconduire jusqu'à
la maison de M. Tremblay.*** Seulement
papa et Madeleine sont venus au souper, avec mon oncle Théophile****.
Maria nous avait fait un beau gâteau de noces. Ce fut un beau gros souper,
suivi d'une belle veillée de danse auquel participèrent beaucoup
de cousins et cousines d'Alfred. Un oncle d'Alfred a joué du violon toute
la soirée, on dansait des sets carrés. Après la veillée,
compte tenu de l'état lamentable des chemins, beaucoup ont dû repartir
à pied. L'oncle Théophile s'était trompé de route
en s'en retournant dans la nuit, il avait pris un mauvais embranchement à
St-Charles de Bourget. Ils avaient finalement couchés dans l'auto, tout
en attendant au lendemain matin pour prendre de l'information et retrouver leur
chemin. Quant à nous, Charles manquait d'espace pour nous garder à
coucher. On est venu nous reconduire à cheval à l'auto de l'oncle
Alfred Perron vers minuit, car celui-ci nous amenait coucher chez lui à
Jonquière. Sa tante nous avait réveillée le lendemain matin
pour déjeuner à 8 heures, elle avait bien ri de nous voir car Alfred
était couché tout au fond du lit et moi tout au bord de l'autre
côté. On ne s'était pas touchés de la nuit, pas même
embrassés pour se souhaiter bonne nuit. On était encore trop gênés.
Son oncle nous avait beaucoup taquiné. Le mariage ne fut consommé
que deux jours plus tard. Pour cadeaux de mariage, j'ai reçue un grand
couteau à pain et une grande fourchette de mon oncle Théophile,
deux grandes serviettes de mon parrain, une assiette à hors uvre
de tante Rosanna, une assiette à gâteau de Jeanne-Yvette, une petite
nappe en dentelle de Hermance, un bain-marie en pyrex de tante Thérèse,
un plat en pyrex allant au four de Germaine et un beau plat en verre pour fruits
d'un oncle d'Alfred. *Alfred
à travaillé pour l'Alcan à Arvida de 1938 à 1943.
Il y travaillait avec André Gaudreault, son beau-frère. C'est en
septembre 1943 qu'Alfred et André, sans consulter leurs épouses,
ont décidés de quitter l'Alcan pour aller travailler dans les chantiers.
Ils disaient qu'ils allaient s'empoisonner les poumons s'ils continuaient à
l'Alcan. Ils avaient un grand besoin d'air pur. Leurs épouses n'étaient
pas très heureuses de leur décision. **Le
Livre d'Heures est un recueil de prière imagée, tout en couleur.
C'est un beau livre recouvert de soie blanche brodée de fleurs roses. De
beaux rubans en descendent jusqu'aux genoux. ***Il
est surprenant de voir que les chemins étaient encore en si mauvais état
rendu au 26 mai. Mais dans ce temps là, le rang n'était pas ouvert
en hiver. On ne faisait que tasser la neige, et cette neige tassée était
très longue à fondre au printemps. ****Pourquoi
à St-Bruno et non pas à Héberville Station. La ferme d'Adrien
Morin, mon père, était située pour une partie à Hébertville-Station
et pour une autre partie à St-Bruno. Mais la maison était située
du côté de St-Bruno et on était donc obligé d'aller
à l'église de St-Bruno. Pourtant, nous demeurions seulement à
2 milles de l'église d'Héberville-Station alors que l'église
de St-Bruno était à 4 milles. Il fallait souvent aller à
la messe à pied et les distances à parcourir étaient importantes.
Mais on n'avait pas le droit d'aller à l'église d'Héberville.
Ce n'est que pas mal plus tard que notre famille a réussi à avoir
une dispense et que les curés de St-Bruno et d'Héberbille-Station
nous ont autorisés à aller à la messe à Hébertville-Station.
****L'oncle Théophile était alors le
seul de notre famille à avoir une automobile. Il avait hérité
de la ferme familiale et se retrouvait avec plus de moyens. Du côté
d'Alfred, seulement son oncle Alfred Perron avait une voiture. Ce dernier travaillait
à l'Alcan et avait pu s'acheter une belle auto.
|